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L’intensification durable de l’agriculture, c’est possible

31/08/2016

 

La discussion sur la définition de l’agriculture durable et intensive est nécessaire. Très souvent, en particulier dans le grand public, l’agriculture dite intensive est perçue comme opposée à une gestion durable.

Une publication récente, écrite par des chercheurs de 12 pays, propose que le concept d’agriculture intensive et durable soit défini en intégrant un double objectif : celui « d’éradiquer la pauvreté et la faim, en contribuant au bien-être humain », tout en aidant à la résilience et à la permanence des paysages et de la biosphère, et ceci en définissant « un espace de sécurité » de l’activité agricole sur le globe. 

Quelques chiffres de contexte sont rappelés comme la limite d’augmentation du réchauffement climatique (1,5°C), l’augmentation de la production alimentaire nécessaire d’ici 2050 (+60 à 110%), ou bien le rôle prééminent des 2,5 milliards de petits producteurs(qui doivent produire 80% de l’alimentation en Asie et en Afrique sub-saharienne).

Un point essentiel est que, si on ne change rien, une augmentation annuelle des surfaces cultivées d’environ 123 à 495 millions d’hectares pourrait rapidement faire exploser l’estimation actuelle d’espace agricole de sécurité, estimé à 1,64 milliards d’hectares, bien avant 2050.

Les auteurs proposent une synthèse des limites à ne pas dépasser, dont certaines sont déjà validées politiquement, pour rendre l’agriculture intensive et durable. Ces limites concernent par exemple le changement climatique, la balance entre sols cultivés et sols forestiers, l’utilisation de l’eau, la biosphère, les cycles de l’azote et du phosphore. Cela se traduit en objectifs à définir pour l’agriculture, par exemple : 50-80% de réduction des émissions de CO2, transformer l’agriculture en puits de carbone (c'est-à-dire fixer le carbone de l’atmosphère), réduire l’extension des surfaces cultivées dans certaines régions, améliorer la productivité de l’eau de 50%, ne plus perdre de biodiversité etc.

Pour lutter contre le changement climatique, on sait que l’agriculture peut devenir fixatrice de carbone en étendant des pratiques comme l’absence de labour et la couverture permanente des sols avec des cultures intermédiaires, permettant d’augmenter le retour de carbone organique dans le sol. C’est le sens du projet 4 pour mille, lancé en 2015 par le Ministre Le Foll à l’occasion de la COP21 à Paris. « L’objectif est de développer la recherche agronomique afin d’améliorer les stocks de matière organique des sols de 4 pour 1000 par an. Une telle augmentation permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète ». 

Dans leur approche, les auteurs de la publication proposent des mesures variées et complémentaires comme : l’intégration des pratiques agricoles et des approches éco-systémiques, l’adoption de systèmes agricoles intégrant toutes les dimensions (gestion des cultures, sols, eau, fertilisants, élevage etc.), l’utilisation de variétés végétales et de races animales adaptées, des incitations pour aider les agriculteurs à changer, etc.

Une publication couvrant un sujet aussi vaste reste que générale. Elle a le mérite de faire un point sur le chemin restant à parcourir.

Sources

Bird J. Can our weary world keep feeding us? The Huffington post blog, 8 August 2016.(Notre monde usé peut-il continuer à nous nourrir?)

Rockström et al. Sustainable intensification of agriculture for human prosperity and global sustainability, Ambio, 2016.

(L’intensification durable de l’agriculture pour une prospérité humaine et globale durable.)

COP21: «4 pour 1000» - un programme de recherche international sur la séquestration du carbone dans les sols, 28 avril 2015